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EN n°52 > Souvenirs d'un Villebrumiérain en Chine

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Souvenirs d'un Villebrumiérain en Chine

A la demande de Entre Nous je vous livre quelques impressions de voyage.


Pris en charge dès mon arrivée au nouvel aéroport de SHANGAl par 2 responsables du Centre Technique de l' Elevage de LONGQUAM et d'un chauffeur ne parlant que chinois, j'ai relié LONGQUAM en voiture après une étape à HANGZHOU belle ville portuaire de 3 millions d'habitants.
Au cours des 300 premiers Km, nous traversons des régions très "occidentalisées" : profusion d'autoroutes, de chantiers, de buildings... 0n casse tout, et on refait du neuf. Vraiment impressionnant de dynamisme, mais pas vraiment dépaysant. Impression de développement un peu fou et incontrôlé. L'agriculture est chassée des meilleures terres du monde au profit du béton. La Chine s'ouvre sur l'extérieur, veut rattraper le temps perdu. Le monde entier semble investir en Chine, plus particulièrement sur la Côte Est.

La campagne Chinoise
Ce n'est qu'à l'approche de Longquam que j'ai enfin découvert la Chine profonde. Nous voilà dans la campagne, la vraie campagne chinoise comme on la rêve. LONGQUAM (ce qui voudrait dire " le dragon qui sort de l'eau ") est située sur la rivière OU JIANG et au milieu d'un paysage de moyenne montagne culminant à près de 2000 mètres.
Les plaines sont couvertes de petites parcelles de riz. Chaque parcelle a été crée horizontale, afin d'être submergée d'eau d'irrigation. Et chacune se trouve à un niveau différent. Et puis ces parcelles montent sur les collines par terrasses successives. Le riz était a maturité différente donc de couleurs différentes pour chaque petite parcelle de forme irrégulière, souvent délimitée par un rang de soja. L'ensemble constitue une magnifique broderie naturelle.
Autre merveille : des collines entièrement couvertes de théiers, plantés en rangées perpendiculaires à la pente, suivant les courbes de niveau.
On se rend compte qu'au cours des siècles, des millénaires, pas un mètre carré de terre qui n'ait été aménagé, transformé‚ adapté aux besoins culturaux, par ces remarquables paysans chinois, qui travaillent encore avec des moyens rudimentaires : la pioche, l'araire, le buffle. Parfois un motoculteur. Je n'ai vu aucun tracteur.

Les villages Chinois
Lors de mes visites sur le terrain, j'ai traversé à pied des petits villages de paysans. J'ai constaté que tout ce que j'avais lu de pire sur les villages chinois reste vrai. Il est difficile de différencier maisons d' habitations et étables. Les déchets s'amoncellent partout ; les soues à 1 ou 2 cochons donnent sur les ruelles ; le fumier et le purin aussi ; les latrines collectives sont quasi ouvertes aux quatre vents. L'odeur est insupportable. Et les enfants s'amusent le plus naturellement du monde au milieu de ces détritus.
Quel paradoxe de voir que le paysan chinois cultive admirablement son lopin de terre comme un parfait jardinier, à la perfection, et vit dans sa maison et son village dans un tel désordre. Ce n'est pourtant pas le courage qui lui manque. Alors pourquoi ?

Le spectacle de la rue
Je ne me lassais pas de regarder le spectacle de la rue a Longquam et ailleurs. C'est un intense mouvement perpétuel et désordonné. Tout se croise et s'entrecroise : une foule nombreuse et indisciplinée ; des cyclo-pousses à la recherche du client ; des motoculteurs à remorque surchargée, pétaradants et fumants (bonjour la pollution !) ; d'antiques camionnettes poussives transportant graviers et blocs de pierres pour alimenter les nombreux chantiers alentours ; des petites charrettes à bras assurant les livraisons à la demande des frêles paysannes ployant sous leur palanche débordant de fruits et de légumes, se rendant au marché ; un nombre invraisemblable de vélos et de mobylettes se frayant leur chemin dans cette fourmilière. Une bonne illustration de la lutte pour la vie !
Par contre très peu de voitures, encore réservées aux Administrations et aux nouveaux businessmen. Les trottoirs sont tout aussi encombrés de vendeurs à la sauvette, de cuisines ambulantes, d'une grande diversité d'artisans dont l'activité déborde de leurs minuscules ateliers.
Quelle activité ! Quel dynamisme ! Les Chinois profitent d'une récente liberté économique pour donner libre cours à leur volonté et a leur célèbre sens du commerce.
LONGQUAM est à l'écart de tout flux touristique. Et j'étais le premier expert a y être invité. Aussi, j'étais l'objet d'une curiosité constante des habitants, dont la quasi-totalité n'avait vu d'occidental qu'à la télévision. Mouvements de surprise, réflexions (?), sourires discrets jamais d'agressivité. Les enfants étaient plus spontanés. Ils m'entouraient, me suivaient. Ils alertaient parfois leurs copains pour voir le " barbare cru ", certains voulaient toucher mon nez (les Chinois nous appellent aussi "les longs nez").
Je n'ai, bien entendu, pas retrouvé cette curiosité dans les villes plus importantes et plus ouvertes.

La cuisine et les restaurants
La cuisine chinoise passe à juste titre pour être l'une des meilleure du monde. Elle est très variée. On dit que les Chinois mangent tout ce qui vole, sauf les avions ; et tout ce qui a des pattes, sauf les tables. Sans oublier les serpents...
Dans les restaurants d'un certain standing, les mets sont exposés, ainsi que poissons et crustacés dans des aquariums. Dans les restaurants de campagne, l'habitude est que le client ouvre le frigo pour faire son choix. Il est prudent de ne pas regarder dans les cuisines... Une fois, en entrant dans une gargote de village, j'aperçois un grand serpent exposé dans un bocal. Un peu plus loin, une bassine posée par terre, contenait un énorme crapaud, prisonnier dans un filet. Je ne pense pas avoir mangé ni chien, ni serpent. Par contre, j'ai mangé à 2 reprises des cuisses de crapaud dans un bouillon : c'était délicieux ! Comme la plupart des plats chinois. Seules, à la longue, les inévitables sauces à base de soja deviennent écoeurantes.
Voir manger les chinois est un vrai spectacle. Quelle dextérité avec leurs baguettes ! Ils semblent affamés. Ils avalent tout et recrachent os et déchets dans leurs assiettes... ou par terre. De véritables trieurs-séparateurs. Ils aspirent, ils rotent de satisfaction. Belle symphonie. Il ne s'agit pas de ma part de jugement de valeur : chaque peuple a ses habitudes, et c'est très bien ainsi.
Et eux aussi s'amusaient de me voir mascagner avec mes baguettes. Surtout avec les légumes bouillis coupés finement. Et pour les poissons, comment séparer les arêtes ? Faut-il se résigner de les recracher comme mes hôtes ? Les balancer par terre ? Quand ils me voient trop en peine pour me servir, ils s'empressent de le faire avec leurs baguettes ! Dur dur. Ce qui fait que nous nous amusons réciproquement.
Lors du dîner d'adieu que m'ont offert les autorités locales, une bonne cinquantaine de plats différents ont été servis, avec en prime pour moi du vin rouge de cabernet chinois. Une vraie cérémonie, avec une mise en scène très soignée. Les toasts se portent 2 par 2. Ils ont été innombrables, heureusement, il est possible et accepté de ne boire qu'une larme à chaque fois.
La lecture des grands repas de gala chinois me faisait rêver. Ce rêve s'est réalisé. C'est une des preuves de leur légendaire hospitalité.

La famille Chinoise
Afin de réduire la croissance d'une population pléthorique (1,3 milliards de chinois, près du quart de la population du globe) dans un pays certes vaste, mais ou seulement 10 % de la surface est véritablement cultivable, le gouvernement a depuis quelques années imposé un contrôle strict des naissances. Un couple ne peut avoir qu'un enfant. Sinon, lourde amende, perte d' emploi, etc. Pour les paysans, petite tolérance : si le premier enfant est une fille, un deuxième enfant est toléré‚ mais pas plus, en espérant un garçon qui restera - en principe - à la ferme et s'occupera de ses vieux parents.
Dans les faits, on assiste à un exode massif, difficilement contrôlé, des paysans de l'intérieur vers les grandes villes de la Côte-Est, au développement fulgurant. Leurs nouvelles conditions de vie y seront certainement difficiles. Mais même un maigre salaire représente un progrès matériel comparé au revenu d'un demi-ha de riz et de légumes, de 2 cochons et de quelques canards.
Mais si j'ai vu beaucoup de pauvreté relative, je n'ai constaté aucune misère, pas de mendicité. La famine a disparu en Chine. La liberté rendue a l'agriculture et à l'initiative individuelle a permis, en une dizaine d'années, un relatif bien être.

Un peu de technique

Dans cette région consacrée au riz aux légumes et aux fruits la volonté des autorités locales est de développer la production de viande de chèvres et de montons. Alors se pose, en particulier, le problème de leur alimentation à base d'herbe, la plus économique. Les premiers troupeaux existent. L'objectif est de passer de 1 à 5 animaux par Ha. Pour cela 2 possibilités d'alimentation complémentaires : améliorer les parcours extensifs dans les collines, et introduire une culture intensive d'herbe dans les plaines. Le tout reste à faire. Compte tenu du niveau de développement, je me suis plus inspiré, pour mes conseils, de ce que j'avais vu, enfant, dans la ferme de mes parents en Périgord, que de ce que j'ai appris dans les Ecoles. Comment cultiver de l'herbe? Quelles espèces choisir ? Comment faire du bon foin ? Comment introduire des plantes sarclées : betterave et chou fourragers, pour améliorer l'alimentation hivernale? Comment calculer une ration?
Des échantillons de semences ont été expédié pour essais. Le contact est maintenu.
La curiosité, l'intelligence et la volonté de réussir de "mes" techniciens chinois me font espérer que ma mission sera utile. Pour moi, ce fut une autre riche expérience.

Jean-Michel AUDY

 
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