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Souvenirs d'un Villebrumiérain en Chine
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Souvenirs d'un Villebrumiérain
en Chine
A la demande de Entre Nous je vous livre quelques impressions
de voyage.
Pris en charge dès mon arrivée au nouvel aéroport
de SHANGAl par 2 responsables du Centre Technique de l' Elevage
de LONGQUAM et d'un chauffeur ne parlant que chinois, j'ai relié
LONGQUAM en voiture après une étape à HANGZHOU
belle ville portuaire de 3 millions d'habitants.
Au cours des 300 premiers Km, nous traversons des régions
très "occidentalisées" : profusion d'autoroutes,
de chantiers, de buildings... 0n casse tout, et on refait du neuf.
Vraiment impressionnant de dynamisme, mais pas vraiment dépaysant.
Impression de développement un peu fou et incontrôlé.
L'agriculture est chassée des meilleures terres du monde
au profit du béton. La Chine s'ouvre sur l'extérieur,
veut rattraper le temps perdu. Le monde entier semble investir
en Chine, plus particulièrement sur la Côte Est.

La campagne Chinoise
Ce n'est qu'à l'approche de Longquam que j'ai enfin découvert
la Chine profonde. Nous voilà dans la campagne, la vraie
campagne chinoise comme on la rêve. LONGQUAM (ce qui voudrait
dire " le dragon qui sort de l'eau ") est située
sur la rivière OU JIANG et au milieu d'un paysage de moyenne
montagne culminant à près de 2000 mètres.
Les plaines sont couvertes de petites parcelles de riz. Chaque
parcelle a été crée horizontale, afin d'être
submergée d'eau d'irrigation. Et chacune se trouve à
un niveau différent. Et puis ces parcelles montent sur
les collines par terrasses successives. Le riz était a
maturité différente donc de couleurs différentes
pour chaque petite parcelle de forme irrégulière,
souvent délimitée par un rang de soja. L'ensemble
constitue une magnifique broderie naturelle.
Autre merveille : des collines entièrement couvertes de
théiers, plantés en rangées perpendiculaires
à la pente, suivant les courbes de niveau.
On se rend compte qu'au cours des siècles, des millénaires,
pas un mètre carré de terre qui n'ait été
aménagé, transformé adapté aux
besoins culturaux, par ces remarquables paysans chinois, qui travaillent
encore avec des moyens rudimentaires : la pioche, l'araire, le
buffle. Parfois un motoculteur. Je n'ai vu aucun tracteur.

Les villages Chinois
Lors de mes visites sur le terrain, j'ai traversé à
pied des petits villages de paysans. J'ai constaté que
tout ce que j'avais lu de pire sur les villages chinois reste
vrai. Il est difficile de différencier maisons d' habitations
et étables. Les déchets s'amoncellent partout ;
les soues à 1 ou 2 cochons donnent sur les ruelles ; le
fumier et le purin aussi ; les latrines collectives sont quasi
ouvertes aux quatre vents. L'odeur est insupportable. Et les enfants
s'amusent le plus naturellement du monde au milieu de ces détritus.
Quel paradoxe de voir que le paysan chinois cultive admirablement
son lopin de terre comme un parfait jardinier, à la perfection,
et vit dans sa maison et son village dans un tel désordre.
Ce n'est pourtant pas le courage qui lui manque. Alors pourquoi
?
Le spectacle de la rue
Je ne me lassais pas de regarder le spectacle de la rue a Longquam
et ailleurs. C'est un intense mouvement perpétuel et désordonné.
Tout se croise et s'entrecroise : une foule nombreuse et indisciplinée
; des cyclo-pousses à la recherche du client ; des motoculteurs
à remorque surchargée, pétaradants et fumants
(bonjour la pollution !) ; d'antiques camionnettes poussives transportant
graviers et blocs de pierres pour alimenter les nombreux chantiers
alentours ; des petites charrettes à bras assurant les
livraisons à la demande des frêles paysannes ployant
sous leur palanche débordant de fruits et de légumes,
se rendant au marché ; un nombre invraisemblable de vélos
et de mobylettes se frayant leur chemin dans cette fourmilière.
Une bonne illustration de la lutte pour la vie !
Par contre très peu de voitures, encore réservées
aux Administrations et aux nouveaux businessmen. Les trottoirs
sont tout aussi encombrés de vendeurs à la sauvette,
de cuisines ambulantes, d'une grande diversité d'artisans
dont l'activité déborde de leurs minuscules ateliers.
Quelle activité ! Quel dynamisme ! Les Chinois profitent
d'une récente liberté économique pour donner
libre cours à leur volonté et a leur célèbre
sens du commerce.
LONGQUAM est à l'écart de tout flux touristique.
Et j'étais le premier expert a y être invité.
Aussi, j'étais l'objet d'une curiosité constante
des habitants, dont la quasi-totalité n'avait vu d'occidental
qu'à la télévision. Mouvements de surprise,
réflexions (?), sourires discrets jamais d'agressivité.
Les enfants étaient plus spontanés. Ils m'entouraient,
me suivaient. Ils alertaient parfois leurs copains pour voir le
" barbare cru ", certains voulaient toucher mon nez
(les Chinois nous appellent aussi "les longs nez").
Je n'ai, bien entendu, pas retrouvé cette curiosité
dans les villes plus importantes et plus ouvertes.
La cuisine et les restaurants
La cuisine chinoise passe à juste titre pour être
l'une des meilleure du monde. Elle est très variée.
On dit que les Chinois mangent tout ce qui vole, sauf les avions
; et tout ce qui a des pattes, sauf les tables. Sans oublier les
serpents...
Dans les restaurants d'un certain standing, les mets sont exposés,
ainsi que poissons et crustacés dans des aquariums. Dans
les restaurants de campagne, l'habitude est que le client ouvre
le frigo pour faire son choix. Il est prudent de ne pas regarder
dans les cuisines... Une fois, en entrant dans une gargote de
village, j'aperçois un grand serpent exposé dans
un bocal. Un peu plus loin, une bassine posée par terre,
contenait un énorme crapaud, prisonnier dans un filet.
Je ne pense pas avoir mangé ni chien, ni serpent. Par contre,
j'ai mangé à 2 reprises des cuisses de crapaud dans
un bouillon : c'était délicieux ! Comme la plupart
des plats chinois. Seules, à la longue, les inévitables
sauces à base de soja deviennent écoeurantes.
Voir manger les chinois est un vrai spectacle. Quelle dextérité
avec leurs baguettes ! Ils semblent affamés. Ils avalent
tout et recrachent os et déchets dans leurs assiettes...
ou par terre. De véritables trieurs-séparateurs.
Ils aspirent, ils rotent de satisfaction. Belle symphonie. Il
ne s'agit pas de ma part de jugement de valeur : chaque peuple
a ses habitudes, et c'est très bien ainsi.
Et eux aussi s'amusaient de me voir mascagner avec mes baguettes.
Surtout avec les légumes bouillis coupés finement.
Et pour les poissons, comment séparer les arêtes
? Faut-il se résigner de les recracher comme mes hôtes
? Les balancer par terre ? Quand ils me voient trop en peine pour
me servir, ils s'empressent de le faire avec leurs baguettes !
Dur dur. Ce qui fait que nous nous amusons réciproquement.
Lors du dîner d'adieu que m'ont offert les autorités
locales, une bonne cinquantaine de plats différents ont
été servis, avec en prime pour moi du vin rouge
de cabernet chinois. Une vraie cérémonie, avec une
mise en scène très soignée. Les toasts se
portent 2 par 2. Ils ont été innombrables, heureusement,
il est possible et accepté de ne boire qu'une larme à
chaque fois.
La lecture des grands repas de gala chinois me faisait rêver.
Ce rêve s'est réalisé. C'est une des preuves
de leur légendaire hospitalité.
La famille Chinoise
Afin de réduire la croissance d'une population pléthorique
(1,3 milliards de chinois, près du quart de la population
du globe) dans un pays certes vaste, mais ou seulement 10 % de
la surface est véritablement cultivable, le gouvernement
a depuis quelques années imposé un contrôle
strict des naissances. Un couple ne peut avoir qu'un enfant. Sinon,
lourde amende, perte d' emploi, etc. Pour les paysans, petite
tolérance : si le premier enfant est une fille, un deuxième
enfant est toléré mais pas plus, en espérant
un garçon qui restera - en principe - à la ferme
et s'occupera de ses vieux parents.
Dans les faits, on assiste à un exode massif, difficilement
contrôlé, des paysans de l'intérieur vers
les grandes villes de la Côte-Est, au développement
fulgurant. Leurs nouvelles conditions de vie y seront certainement
difficiles. Mais même un maigre salaire représente
un progrès matériel comparé au revenu d'un
demi-ha de riz et de légumes, de 2 cochons et de quelques
canards.
Mais si j'ai vu beaucoup de pauvreté relative, je n'ai
constaté aucune misère, pas de mendicité.
La famine a disparu en Chine. La liberté rendue a l'agriculture
et à l'initiative individuelle a permis, en une dizaine
d'années, un relatif bien être.
Un peu de technique
Dans cette région consacrée au riz aux légumes
et aux fruits la volonté des autorités locales est
de développer la production de viande de chèvres
et de montons. Alors se pose, en particulier, le problème
de leur alimentation à base d'herbe, la plus économique.
Les premiers troupeaux existent. L'objectif est de passer de 1
à 5 animaux par Ha. Pour cela 2 possibilités d'alimentation
complémentaires : améliorer les parcours extensifs
dans les collines, et introduire une culture intensive d'herbe
dans les plaines. Le tout reste à faire. Compte tenu du
niveau de développement, je me suis plus inspiré,
pour mes conseils, de ce que j'avais vu, enfant, dans la ferme
de mes parents en Périgord, que de ce que j'ai appris dans
les Ecoles. Comment cultiver de l'herbe? Quelles espèces
choisir ? Comment faire du bon foin ? Comment introduire des plantes
sarclées : betterave et chou fourragers, pour améliorer
l'alimentation hivernale? Comment calculer une ration?
Des échantillons de semences ont été expédié
pour essais. Le contact est maintenu.
La curiosité, l'intelligence et la volonté de réussir
de "mes" techniciens chinois me font espérer
que ma mission sera utile. Pour moi, ce fut une autre riche expérience.
Jean-Michel AUDY
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