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Historique du chateau de Reyniès
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Historique du château
de Reyniès
L'après-midi du dimanche 26 octobre, lors de la "Journée
d'études" de la Société Archéologique,
les participants ont été accueillis par Monsieur
et Madame De Reyniès pour une visite guidée de leur
château. A cette occasion, le maître des lieux a tracé
l'histoire de cette demeure que voici.
Un château-fort construit à la fin du 13 ème
siècle

La construction du Château remonte à 1269. Les briques
cuites utilisées étaient fabriquées sur place
dans la briqueterie sise en amont du pont actuel et qui était
encore en service dans les années 1880. L'excellence de
la cuisson explique l'inutilité d'un crépi de protection.
Cette bâtisse présente une particularité exceptionnelle:
elle ne compte que trois tours. Ce type de réalisation
résulte en principe d'une contrainte topographique comme
la présence d'une tête d'éperon ou d'un bec
de confluence. C'est le cas par exemple de Castelnau-Bretenoux
dans le Lot. A Reyniès, il existait largement la place
pour prévoir la quatrième tour. C'est pourquoi il
a fallu trouver " une astuce" pour pallier ce manque:
la mise en place de redents qui donnent à la façade
côté parc un aspect très original.
(NDLR: Un redent ou redan est un ouvrage de fortification constitué
de deux murs formant un angle saillant)
Ce château-fort occupait une position stratégique
remarquable sur la rive droite du Tarn, contrôlant le trafic
fluvial important qui a existé jusqu'à la fin du
19 ème siècle.
La famille De Reyniès, l'une des plus ancienne du Quercy,
trouve son origine dans la famille Raymond de Grimoard, seigneur
de Villebrumier en cette fin du XIII ème siècle
et aussi de Reyniès. Il acquiert ce second titre quelques
années après l'édification du château.
Quand Antoinette de Grimoard épousa, en 1450, Jacques de
La Tour, elle lui apporta en dot la seigneurie de Reyniès.
Le château dans la tourmente des guerres de religions

Ce château subit les rigueurs des guerres de religions
et son histoire est intimement liée au siège de
Montauban, en 1621.
A l'époque, les De La Tour de Reyniès s'étaient
convertis à la religion prétendue " réformée
" et c'est un descendant de cette famille, Pierre de Latour,
qui fut un ardent défenseur de la ville de Montauban assiégée
par les troupes du Roi Louis XIII..
Le château, occupé par les catholiques, fut attaqué
le 6 août, par un groupe considérable de montalbanais
composé d'un corps de cavalerie, d'une infanterie de deux
mille hommes et d'une artillerie de trois pièces. Monbrun
et la troupe qu'il commandait se rendirent maîtres de la
forteresse qui ne fut pas pillée par considération
pour le propriétaire à qui elle fut rendue. Ce personnage,
à qui avait été confiée la défense
du Moustier, fut gravement blessé le 20 septembre et obligé
d'abandonner son poste.
La défense de Montauban fut si vigoureuse et l'attaque
si mal conduite que le Roi, après trois mois d'efforts
et ayant perdu huit mille hommes, fut obligé de lever le
siège le 15 novembre.
Mais auparavant, des négociations avaient eu lieu à
Reyniès: "Le jeudi 17 octobre, le Connétable
de Luynes (commandant général des armées,
Ndlr) s'en alla à quatre lieues (environ seize kilomètres,
Ndlr) de Picquecos, quartier général du roy, à
un château nommé Reniers où il avait donné
sûreté à Monsieur de Rohan de lui venir parler.
Ils conférèrent longtemps ensemble et approchèrent
toutes choses de l'accommodement. Néanmoins, pour plusieurs
aspects, Monsieur le Connétable n'y voulut en conclure
sans en avoir précédemment l'approbation du Roy
et de son conseil". Ces pourparlers, comme ceux du 27 octobre,
toujours à Reyniès, échouèrent.
"L'année suivante, le Duc de Vendôme s'approcha
de Montauban pour mettre fin aux attaques et au pillage dont Monbrun
se rendait coupable auprès de cette ville Celui-ci vint
au devant des catholiques et les attendit à Reyniès
dont il renforça la garnison de quelques mousquetaires,
mais vivement attaqué par Vendôme, il tint ferme
pour donner le temps à son infanterie de reculer , puis
regagna Montauban. Le Duc n'osa pas les suivre plus loin, de peur
de trop s'engager. Il revint sur ses pas et le détruisit
de fonds en combles"
En réalité, un inventaire de 1623 retrouvé
récemment à l'occasion du classement des archives
prouve que la tour ouest était encore habitable et avait
donc été épargnée par la destruction
de l'année précédente.
La paix fut célébrée à Toulouse par
diverses fêtes auxquelles De Reyniès parut avec éclat.
Plus tard, en 1628, ce dernier fut assassiné dans les landes
de Nérac.
Un château "Patrimoine historique"
Le château fut reconstruit vers 1650 sur les fondations
du site initial. Curieusement, on édifie un château-fort,
ce qui peut s'expliquer par le contexte de guerres civiles (la
Fronde a duré de 1648 à 1653) provoquées,
d'une part, par la fragilité du pouvoir royal (le roi Louis
XIV est mineur et sa mère assure la régence) et
d'autre part par la contestation ouverte de la noblesse et des
parlementaires à l'égard de la politique de Mazarin.
L'idée prévalait qu'en plus d'un souci de protection,
devait perdurer un appareil militaire qui conserve une valeur
emblématique, celle de la prééminence aristocratique.
C'est en 1786 que Etienne Seguin de La Tour, marquis de Reyniès,
fait exhausser la bâtisse d'un étage, lui donnant
ainsi la forme actuelle.
En 1974, le château a été inscrit à
l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques pour
"ses toitures et façades".
Un château dans la même famille depuis douze générations
Douze générations d'une même famille se sont
succédées comme propriétaires de ce château,
avec cependant une brève interruption pendant la Révolution.
En effet, à cette époque, les autorités municipales
procèdent, comme le voulait la loi relative aux Biens Nationaux,
à l'inventaire des possessions d'Etienne de Reyniès
qui avait émigré en Allemagne en 1791. Ces minutieuses
formalités qui durèrent cinq jours, du 24 au 30
avril 1792, firent traverser à son épouse, Marguerite
de La Porte de Larnasol, femme d'une intelligence et d'une énergie
rares, les pires moments de la Terreur. Pourtant, contrairement
à ce qui se passa pour les émigrés des communes
voisines, les biens recensés ne furent pas immédiatement
liquidés. En effet, son beau-père, le baron de Larnagol,
était un magistrat non émigré qui exerçait
la Charge de Chevalier d'Honneur à la Cour des Aydes. Rompu
à la procédure, il parvint à gagner du temps
en désignant un fondé de pouvoir, Pierre Groussac,
un laboureur à son service depuis des années. Ainsi,
la dispersion des terres fut évitée.
Le 2 août 1796 (15 Thermidor An IV), à Toulouse,
puisque la comune appartenaît à la Haute Garonne,
les possessions furent mises en vente globalement en un seul lot.
Les archives de l'adjudication ont été perdues.
On ignore si elles ont été disputées. On
sait en revanche, grâce au dossier d'indemnisation, que
l'adjudicataire fut...la "Citoyenne La Porte", pour
près de 120 000 francs, payables en assignats. L'opiniâtreté
de cette femme, bien conseillée sans doute par le notaire
local Géraud Martin-Lamothe, lui avait permis de récupérer
l'essentiel de ses biens, à l'exception de meubles, linge
de maison et habits mis à l'abri par Pierre Groussac dans
sa demeure de Villebrumier qui furent saisis et vendus le 21 avril
1794 (8 floréal An II). D'ailleurs, sa fidélité
à la famille De Seguin de Reyniès valut à
ce serviteur zélé d'être emprisonné
après un jugement du Comité de Surveillance du canton.
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