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Fête au village, il y a un demi siècle...
[ 1ère partie ]
Jeunes qui lisez cet article, ne croyez surtout
pas que, il y a 50 ans, notre village était coupé
du monde !
Non, de nombreux villageois lisaient le journal, la plupart
y étant d'ailleurs abonnés. Deux quotidiens
régionaux se partageaient les lecteurs : la Dépêche
du Midi et Sud-Ouest et chacun d'eux avait son correspondant
dans le village. La radio était aussi très
répandue et presque tout le monde possédait
un récepteur. Mais, malgré tout, les grands
évènements du monde arrivaient très
amortis et le matraquage des médias n'avait pas encore
commencé.
En revanche, les évènements de la vie locale
n'en prenaient que plus de relief et, en fin de compte,
rythmaient la vie de nos concitoyens. Parmi eux, la fête
locale représentait sûrement le point d'orgue.
En effet, les moyens de déplacements étaient
rares et chers, très peu de gens possédaient
une automobile (4 ou 5 dans le village) et la fête
était une occasion de regrouper les familles ou de
"rendre les invitations". Pour nous, gamins, l'approche
de la fête nous mettait dans un état de surexcitation
indescriptible. |
Les préparatifs
|
Dèjà LAROCHE, le cantonnier municipal avait
recreusé les trous et planté les "files",
grands mâts peints en bleu-blanc-rouge, aux entrées
du village. Il avait tendu entre ces "files" des
guirlandes de petits drapeaux en papier du plus heureux
effet. Puis TOUYA était venu de Nohic accrocher les
guirlandes électriques, fabrication "maison",
réalisées avec des ampoules normales peintes
de diverses couleurs, qui allaient "illuminer"
l'entrée du village et la piste de danse entre la
mairie et le "baraquement"; contruction en briques
creuses sur une armature métallique, il se dressait
au bout de la piste de danse actuelle et perpendiculairement
à celle-ci. Il a servi également de salle
des fêtes, de garage pour les camions des pompiers....
Il a été démoli vers la fin des années
50.
Le podium pour l'orchestre s'élevait devant l'entrée
du baraquement (ce fut pendant très longtemps une
remorque prêtée par un agriculteur et décorée
de feuillage et de verdure). Le parc du château et
ses grands buis fut, pendant des années, une mine
de feuillages pour toutes les décorations des festivités
du village, chrétiennes ou païennes. De même
la buvette indispensable à cette manifestation était
installée par les "extras" embauchés
par le café VERDU, actuellement "chez MICHEL".
Enfin, on assemblait la piste de danse, formée de
grandes plaques de parquet qui s'emboîtaient (plus
ou moins) les unes dans les autres. Ce n'est que quelques
années plus tard que la piste asphaltée apparut.
Il ne restait plus qu'à attendre les forains. |
Dans les familles
|
La fête, évènement très important,
se préparait longtemps à l'avance. Elle était
en particulier une occasion de renouveler sa garde-robe.
Si le car de TERRAT permettait de réaliser ses emplettes
à Montauban, (et les Villebrumiérains étaient
très nombreux à l'emprunter, surtout le samedi),
les villageois conservaient l'habitude de se fournir sur
place. Les visites de M GARAUD s'étaient multipliées
dans les familles. M Garaud venait à vélo
de Villemur où sa femme tenait un magasin de chaussures.
Il était représentant. Sur son porte-bagages,
il transportait des coupons de tissus de toutes sortes parmi
lesquels les élégantes choisissaient la texture
et le coloris de leur future tenue. Il était aussi
représentant du grand magasin du Capitole à
Toulouse et cela lui conférait une aura extraordinaire.
Très " commerçant " il vous procurait
très rapidement ce dont vous aviez besoin. Grâce
à ces coupons de tissus, les Villebrumiéraines
avaient le choix : ou bien réaliser elles-mêmes
(et avec plus ou moins de bonheur) la toilette désirée,
ou bien, prendre rendez-vous chez Mado COMMELONGUE, la femme
du maréchal-ferrand, qui, habile couturière,
leur proposait du "sur mesure". Mado était
débordée en cette période de l'année,
d'autant plus que les essayages procuraient l'occasion de
délicieux bavardages.
Pour les chaussures, tout le monde se servait chez Mme PONS
(presque en face de l'entrée actuelle de la gendarmerie).
Pendant que M Pons plaçait des fers qui allaient
limiter l'usure (mais provoquer de bien surprenantes glissades)
ou ressemelait des chaussures usagées, Mme Pons vendait
les "Kneps" pour les petits ou les escarpins aux
élégantes.
La semaine précédant la fête était
aussi un moment d'intense activité pour les coiffeurs.
Chez CARMEN et sa jeune ouvrière YVETTE, rue Haute,
les dames papotaient en attendant leur tour. (Yvette MURATORE
qui prit la succession de Carmen me disait que, pendant
des années, la fête ne commença pour
elle que le dimanche à midi, tant le travail était
intense pendant cette période festive). Chez Jean
BARTHÉLÉMY, rue Haute ou chez ALBAN, près
de l'église, les hommes se faisaient "rafraîchir"
la coupe ou raser avec le grand coupe-chou si impressionnant.
Dans les métiers de bouche, la fête provoquait
la même effervescence. Michel LACAZE, le boucher de
la rue des Anneaux avait abattu à l'avance tout le
bétail nécessaire dans son abattoir de la
route de Monclar et les commandes avaient été
prises depuis longtemps, chacun voulant être sûr
d'avoir un rôti "bien placé".
Au carrefour de la rue Haute et de la rue des Anneaux, Françoise
COURDY venait d'ouvrir, depuis quelques mois, la "Coop",
premier magasin moderne du village, avec ses grandes vitrines.
Nous étions très fiers d'aller faire nos courses
dans une épicerie "comme en ville".
Mais la volaille demeurait quand même la viande la
plus consommée. Si de nombreux villageois en élevaient
pour eux, beaucoup aussi en achetaient pour les festivités.
Pas question de poulet PAC! Il fallait aller dans les fermes
négocier l'achat et l'on revenait avec les volailles
vivantes qu'il fallait tuer, plumer, vider, trousser. Mais
quel délice! |
Les forains |
Les jours précédant la fête, nous,
les gamins, rôdions autour de la place de la mairie,
attirés par tout ce remue-ménage. Les véhicules
étant rares, dès que nous entendions un bruit
de camion sur la route de Montauban, nous nous précipitions
pour escorter un éventuel forain. Ils n'étaient
guère nombreux : un manège de chevaux de bois
s'installait devant le tilleul, un ou deux tirs dressaient
leurs stands à droite quand on est face à
la mairie, une loterie et des balançoires à
gauche. Un manège de "chaînes" que
nous appelions (très) vulgairement "tape-cul"
vint pendant quelques années s'installer devant le
pont-bascule. Je me souviens aussi parfaitement des balançoires,
lourdes barques de tôle peintes de couleurs vives
et tellement robustes que les adolescents et même
les adultes pouvaient les utiliser (et ils ne s'en privaient
pas).
Mais l'arrivée de la loterie était quand même
le "clou" des préparatifs. Deux vieilles
dames adorables tenaient cette loterie et leur baraque et
leur roulotte étaient tirées par un engin
extraordinaire. C'était un antique tracteur de l'artillerie
américaine (celle de la guerre de 14). Avec son museau
court, sa cabine à l'air libre, son volant en bois,
ses roues à rayons avec leur bandage plein et sa
transmission par chaîne, il faisait déjà
figure d'antiquité, c'est pour dire! Il se traînait
à 4 ou 5 kilomètres à l'heure et la
cohorte des enfants lui faisait une joyeuse escorte.
Une autre loterie où l'on pouvait gagner des poupées
grâce à une grande roue, se dressait devant
l'entrée de la mairie. Enfin, le jour de la fête,
à la dernière minute, un ou deux marchands
ambulants : pétards, jouets, bonbons, cacahuètes...déballaient
leur étal. |
Le samedi |
Tout l'après-midi, l'orchestre, juché sur
le plateau d'un camion (celui d'Emile COURDY) avait procédé
à la distribution des bouquets dans la campagne.
Ces bouquets étaient formés de 2 ou 3 fleurs
en papier multicolore attachées sur des tiges en
fil de fer et enveloppées d'un carré de papier
blanc. Mme LURDE, fleuriste à Montauban et dont le
mari était originaire de Villebrumier, les fournissait
ainsi que les " picots ", petites fleurs que des
jeunes filles vous épinglaient en souriant à
la veste dès votre arrivée à la fête
moyennant une pièce ou deux.
Le soir venu, la retraite aux flambeaux démarrait
réellement les festivités. Les lampions étaient
distribués dans la salle de justice de paix, maintenant
salle des mariages, et les bougies avaient tendance à
s'éteindre au moindre souffle ou à mettre
le feu au papier gaufré qui les entourait. Précédés
de la musique, nous faisions un "petit" tour du
village, passant devant la gendarmerie, l'épicerie
Sahuc, la boucherie Lacaze, le café et retour à
la mairie. La fête pouvait commencer.
Le samedi, presque tous les participants étaient
de Villebrumier. La foule, attablée à la terrasse
du bar, se levait à la première note d'une
nouvelle "série" et, en quelques secondes,
la terrasse se retrouvait presque vide et la piste grouillante
de danseurs. Seules, les mémés qui étaient
venues servir de chaperons restaient assises. Tout en discutant
avec leurs voisines, elles ne perdaient pas de vue la "
jeunesse " qui s'amusait. Mais les "vieux"
participaient autant que les jeunes.
Autour du bar, un groupe d'hommes, assez âgés
pour la plupart, commençait à boire "sec".
Les éclats de voix prouvaient qu'ils étaient
sur le bon chemin pour obtenir le but recherché :
une "cuite" carabinée. |
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