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EN n°48 > Habitat Traditionnel

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L'habitat traditionnel de chez nous


Cylindre de bois en guise de treuil dans un puits

A Villebrumier, comme dans tout le Midi toulousain, l'habitat local traditionnel est constitué d'une part de maisons dispersées et d'autre part d'agglomérations. Après de trop longues décennies au cours desquelles tout a été fait pour la cacher, la brique retrouve, ici ou là, depuis quelque temps dans les restaurations, la place qu'elle mérite et qu'elle n'aurait jamais due quitter.. Au demeurant, le Magazine du Conseil Général paru en octobre 2000 lui consacre un dossier important intitulé: "Sauvegader et valoriser notre patrimoine architectural".
A l'occasion de la manifestation "Villebrumier 2000", sous l'égide de l'association "Maisons paysanes de France" , plusieurs dizaines de personnes se sont intéressées, à partir de l'observation sur le terrain , aux quelques tendances caractéristiques du bâti ancien qui nous entoure.

L'habitat dispersé

Une bâtisse intégrée dans son environnement
La maison traditionnelle rurale préfère s'étaler plutôt que de s'élever. Elle présente des murs de briques cuites ou crues fabriquées à partir de la terre argileuse. Elle se coiffe d'un toit de tuiles canal à deux ou quatre pentes peu inclinées qui repose sur une charpente en bois d'oeuvre. Elle est conçue pour se protéger du soleil et de la chaleur grâce à l' épaisseur des murs, à la ventilation naturelle par les combles ainsi qu'aux ouvertures judicieusement réparties sur les façades et garnies de volets pleins. De plus, l'habitation modeste est entourée d'annexes: le hangar massif; l'étable (ou l'écurie) placée au bout de la construction ; le chai situé au nord. ; et enfin la remise.


La maison traditionnelle rurale s'étale plutôt qu'elle ne s'élève

Cette demeure est bâtie selon un axe est-ouest de sorte qu'elle s'ouvre au soleil entre le sud-est et le sud-ouest et qu'elle se préserve de la pluie et des deux vents dominants en présentant des murs "aveugles". Quelques appentis s'en détachent parfois, comme le puits. La mare et le tas de fumier se trouvent non loin.

Il arrive que des bouquets d'arbres coupent le vent. Une treille s'étire sur la façade principale pour amener de la tiédeur en été. Le laurier-sauce pousse à proximité du potager: ses feuilles servent tout à la fois à préparer certains plats, à embaumer les lessiveuses et le linge propre dans l'armoire, à occuper la fonction de rameau béni. Le figuier signale la proximité du puits. Les cognassiers délimitent la propriété. L'ormeau majestueux se dresse à quelques mètres de la façade sud qu'il ombrage par fortes chaleurs. (Malheureusement, cet arbre a quasiment disparu à cause d'une maladie, la graphiose). Ici ou là, s'étalent des haies d'églantiers, d'aubépine, de prunelliers ou encore de lilas...

La maçonnerie
La maison rurale donne une impression de solidité grâce aux techniques de maçonnerie et aux matériaux utilisés. Pourtant, ses fondations sont sommaires ce qui explique les remontées d'humidité par capillarité.
La brique pleine en terre cuite, dite "foraine", constitue la base de certains murs, des encadrements d'ouvertures, des corniches et des souches de cheminée. Elle est un bon isolant thermique. On la trouve toujours de 5 cm d'épaisseur de forme carrée ou rectangulaire. Sa couleur varie en fonction de l'argile utilisée, de la durée et de la température de la cuisson. Son utilisation s'est vue discréditée sans raison valable à la fin du XIX éme siècle. Elle est aujourd'hui produite industriellement et sert à la restauration et à l'ornement
La brique en terre crue est plutôt utilisée pour les constructions basses.
On peut voir, ici ou là, des murs de galets construits à l'aide de mortier à chaux où l'on trouve intercalées des rangées de briques plates pour assurer la stabilité de l'édifice. Il est plus rare, par chez nous, de rencontrer le pisé. Ce matériau obenu en malaxant de la terre argileuse et de l'eau (et parfois de la paille hachée) devait être coffré avant qu'il ne sèche.
Il existe quelques murs à pans de bois qui présentent trois pièces caractéristiques reliées entre elles pour assurer la rigidité de l'ensemble: les sablières horizontales, les poteaux verticaux et les écharpes obliques. Les vides sont comblés par un hourdis onstitué d'un torchis qui est un mélange d'argile, de paille, de débris divers comme crin d'animal, paillettes de lin, briques, le tout lié par un mortier à la chaux. C'est cet ensemble que l'on nomme colombage.
Des tirants métalliques assurent la jonction de certains murs. Ils apparaissent sur quelques façades sous la forme d'une "Croix de St André" et sont parfois finement ouvragés.
La façade se caractérise par sa symétrie: la porte d'entrée, toujours au centre, s'ouvre souvent sous un plein cintre garni d'une imposte aux découpes géométriques munie de carreaux de verre. De chaque côté, se trouvent une ou deux fenêtres .Un bandeau de briques marque le niveau de l'étage. Plus haut, la corniche apparaît sous une faible avancée du toit. Les trous barriers rappellent l'encastrement des barres d'échafaudage.
Les fenêtres sont rectangulaires, toujours plus hautes que larges. Elles présentent deux vantaux avec trois ou quatre vitres carrées (ou presque) par côté. Les volets sont construits de planches assemblées sur un cadre de traverses et possèdent une barre de fermeture. Les baies du grenier sont de petites tailles.
Les ferrures ornent à l'occasion portes, fenêtres et volets. Loquets, marteaux, entrées de serrures sont souvent des pièces de ferronnerie d'art.
Le crépi est fait au mortier de chaux grasse additionné de sable aux teintes variables. Il présente bien des qualités: il laisse transpirer le mur, il ne se fissure pas , il est étanche et son coût est économique.

La toiture
La maison rurale présente le plus souvent un toit à deux parties à peu près égales dont le degré de pente se situe entre 22 et 25%. Il existe aussi des toitures à quatre plans. Le faîtage se trouve toujours dans le sens de la plus grande longueur de la bâtisse. La couverture déborde largement sur les façades avant et arrière, mais rarement sur les murs-pignons .
La tuile canal date au moins de l'époque romaine. Elle est adaptée aux conditions climatiques de la région: son imperméabilité protège de la pluie (la neige est plutôt rare), son poids offre une bonne résistance aux vents. Pour pallier l'absence de gouttière, la tuile faisant office de canal dépasse d'une quinzaine de centimètres celle faisant couvrant, ce qui donne un aspect décoratif à la bordure du toit
La charpente est de conception assez complexe.. Elle est constituée parfois, en guise de poutres, de troncs entiers (de chêne, châtaignier ou peuplier) grossièrement équarris qui supportent les chevrons et la volige

L'intérieur
La pièce principale avec sa cheminée, son évier en pierre, son dallage en carreaux de terre cuite, et ses poutres en chêne assure plusieurs fonctions: elle est salle commune pour vivre et se reposer, mais aussi on y cuisine, on y mange, on s'y chauffe, on s'y lave, on y passe les veillées. Parfois, une alcôve y est aménagée.

La cheminée
A l'extérieur, la cheminée est souvent construite en briques foraines posées de chant et enduites de plâtre. Sa souche en toiture est adossée à un mur-pignon. ou de refend. Plusieurs conduits peuvent exister. Un double couronnement, une rangée placée en escalier et une autre empilée en débord ainsi que deux briques pleines inclinées l'une vers l'autre, assurent l'étanchéité du bâti.
A l'intérieur, l'aspect du foyer varie. Les jambages en briques foraines sont reliés par une poutre de chêne ou plus rarement par une voûte cintrée. Le tirage est fonction d'un savant équilibre entre les dimensions de l'âtre, de l'avaloir, du conduit et de la souche.

Le dallage
Le dallage traditionnel réservé à la partie habitée est constitué de carreaux en terre cuite assez semblables aux briques foraines. Ce revêtement est posé sur une couche de mortier de chaux assez gras . Cette technique présente deux inconvénients majeurs: elle laisse l'humidité remonter et le carrelage est soumis aux déformations du sol.

Les coloris
Il existe une relation étroite entre la couleur des terrains , du sol et celle de l'habitation. Le crépi varie du beige clair aux tons brun-rouge. La couleur du papier kraft, qui rappelle celle de la terre, est une bonne référence. Le rouge et l'ocre naturels des briques mettent en valeur chaînages, encadrements, corniches et cordons.
Les tuiles-canal , fabriquées à partir de l'argile, présentent un assemblage de teintes indéfinissables à cause de plusieurs phénomènes: vieillissement, soleil, mousse, lichens...
Les menuiseries extérieures traditionnelles présentent des tons variés, du brun foncé aux dégradés de verts (le vert -tilleul paraît bien adapté) en passant par le bleu-charrette. Cette dernière teinte, obtenue à partir du pastel, procurerait un effet répulsif sur les mouches et les moustiques, si bien qu'on n'hésitait pas autrefois à peindre de cette couleur certains soubassements de pièces intérieures!

Les dépendances
Les dépendances présentent un volume bien plus amples que l'habitation elle-même.
Le hangar est de dimensions imposantes. Sa toiture repose sur des piliers de briques qui supportent parfois des arceaux. Il abrite la paille et le foin nécessaires aux bestiaux mais aussi le matériel agricole.
Le grenier, situé à l'étage, sert à entreposer les récoltes à même le plancher: céréales, pommes de terre, oignons...
Le chai a pour fonction une bonne conservation du vin. Pour cela, pour préserver la fraîcheur, il est placé au nord et n'est guère éclairé que par de petites fenêtres. Dans la pénombre, sont placés cuve, foudres, barriques , tonneaux, bonbonnes et pressoir.
L'étable (ou l'écurie, c'est selon) est contiguë aux pièces à vivre des gens. Les râteliers sont alimentés depuis les trappes (parfois à abattant mobile) aménagées dans le grenier.
La soue et le poulailler sont de plus petites constructions détachées du bâtiment principal.
Le pigeonnier constitue quand il existe une merveille architecturale. Il est conçu pour faire face aux inconvénients du vent froid , pour profiter de l'ensoleillement, pour protéger les volatiles des rapaces et des rongeurs, pour favoriser la nidation et permettre la récupération facile de la colombine (la fiente est un engrais prisé pour les vignes). Le type "pied de mulet" est le plus courant dans notre contrée. Sa toiture présente une seule pente interrompue par un ressaut ou gradin qui fait office ainsi de solarium pour les pigeons. On le trouve soit isolé soit attenant à la bâtisse.

Le puits et la mare.
C'est le mystérieux don des sourciers qui permet la présence vitale d'un puits, en général creusé devant la façade sud. Maçonné en briques foraines, il est abrité souvent par une petite construction recouverte d'une toiture en tuiles-canal. L'ouverture, protégée par une margelle, donne accès à un lourd cylindre en bois: il sert de treuil en tournant autour d'un axe et est actionné grâce à une manivelle ou bien à des poignées fixées aux extrémités.
Près de cet édifice, se trouve le lavoir-abreuvoir taillé dans un bloc de pierre monolithe.
C'est l'extraction de l'argile nécessaire à la fabrication des briques qui est à l'origine du creusement de la mare.

La maisonnette des vignes
On remarque parfois une maisonnette bien isolée à la limite d'un champ: c'était autrefois un abri où les vignerons entreposaient là le petit matériel nécessaire à l'entretien des souches. Il en existe une, inusitée, du côté de Valgilade.

L'agglomération

Dans le village
La mairie-école date de la Troisième République (1870/80), comme naguère à Villebrumier ou encore aujourd'hui à Nohic et Orgueil. Parfois, on peut lire les inscriptions: "Mairie" "Ecole de garçons" ou "de filles".
L'église et le presbytère sont souvent proches. Le Clocher-mur à fronton , comme celui de notre commune, présente des ouvertures évidées dans la masse des briques pour y placer les cloches. Le carillon résulte de l'accord de quatre cloches. Le carillonneur sonne quotidiennement l' angélus matin midi et soir, ainsi que, au besoin, le tocsin (pour donner l'alerte), la sonnerie du tonnerre (pour annoncer l'orage), le glas (pour prévenir d'un décès). Cette fonction a été longtemps rémunérée en nature (blé, pain, oeufs...) puis indemnisée par le Conseil Municipal.
Le cimetière se situe parfois près de l'église (comme à Nohic, Le Born, Villematier...). Ses tombes sont à même la terre ou recouvertes de simples dalles. Il arrive que sont érigés des monuments à l'allure de temples romains ou de style Renaissance. Les cyprès donnent un aspect lugubre aux lieux.
Les croix trônent sur les places, aux carrefours, sur les collines. Elles témoignent d'anciens chemins et symbolisent la piété et la protection.
La maîtrise de l'eau est vitale et conditionne la vie de la communauté: on capte les sources qui alimentent les fontaines et les lavoirs. Le nôtre date de 1862 et présente trois bacs pour le lavage et le rinçage. De nombreux puits (certains ont été abolis, mais d'autres subsistent) appartiennent à des particuliers assez souvent en mitoyenneté ou à la commune (il en existait un place de la Mairie).
L'économie locale, essentiellement agricole, nécessite la présence d'installations spécifiques: un four banal (c'est à dire à l'usage de tous) ou privé pour cuire le pain (dans notre commune, il existe la Rue du Four et on peut voir encore un magnifique four bien conservé dans l'ancienne ferme Vialard aujourd'hui propriété de la famille Roux); un métier à ferrer ou travail qui est une installation pour le ferrage des animaux de trait constituée de quatre forts piliers et d' un tour pour serrer des sangles, le tout surmonté d'un toit parfois (le dernier en place se trouvait place de la Croix; certains villages l'ont conservé encore, comme Saint Antonin);un poids public (qui fonctionne toujours ici); un moulin (plusieurs sont encore en place sur le Tescou)...
Le marché hebdomadaire facilite les échanges: on vend les produits de la ferme (volailles, oeufs, beurre, fruits, légumes) et on achète à l'occasion de la mercerie et de la ferblanterie. La foire, plutôt trimestrielle, permet la vente de gros bétail et les retrouvailles pour trinquer.
Les artisans sont nombreux: bourrelier, tisserand, cordier, maréchal-ferrant, tonnelier, charron.... Ils utilisent l'eau, le vent, le feu pour énergies de base. Les commerçants font fabriquer et placer leurs devantures en bois par le menuisier local.
La rue (la carrièra) du village est constituée de maisons à deux niveaux en général reliés par des escaliers tournants en bois . Les ouvertures de taille moyenne sont toujours plus hautes que larges afin d'établir l'équilibre entre l'éclairage maximum et les échanges thermiques. Leur alignement est souvent approximatif, aussi bien horizontalement que verticalement. La présence de perrons dépend des reliefs et des courbes de niveau
La ruelle (lo carrièron) relie des artères plus importantes entre elles: notre village en compte au moins deux qui joignent les rues Gerla, du Four et Gambetta. Il n'y a pas si longtemps, quelques décennies à peine, un passage, certes étroit, existait entre les maisons des rues Haute et Gambetta. Les places sont toujours ombragées par des platanes (comme au Communal), des marronniers (comme devant la Mairie), ou des ormeaux aujourd'hui disparus (comme place de la Croix).


Cheminée traditionnelle en briques foraines avec voûte cintrée

La maison témoin d'une civilisation
Ainsi donc, la maison traditionnelle est construite avec des matériaux du pays selon des techniques héritées des générations précédentes. Elle est conçue pour répondre aux besoins: vie de famille, place des animaux, espaces pour les récoltes, le matériel agricole ou l'atelier artisanal. Elle est l'expression d'une civilisation particulière à notre région occitane qui prend aussi en compte les goûts culinaires comme les modes vestimentaires, les rites religieux comme les coutumes festives, sans oublier l'accent si savoureux de la langue.

Guy

(L'association "Maisons paysannes de France" se donne pour but de connaître,
conserver et restaurer les maisons de pays pour sauvegarder
l'architecture rurale et le paysage.
Pour tout contact, on peut s'adresser
à M. Pierre BAFFALIE 82220 VAZERAC, téléphone: 05 63 67 79 57)
Par ailleurs, il existe un ouvrage fort documenté
"Lumières sur la brique en Midi touousain" édité chez Privat
 

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