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2000 | halloween | 20
ans
L'habitat traditionnel de
chez nous
Cylindre de bois en guise de treuil dans
un puits
A Villebrumier, comme dans tout
le Midi toulousain, l'habitat local traditionnel est constitué
d'une part de maisons dispersées et d'autre part d'agglomérations.
Après de trop longues décennies au cours desquelles
tout a été fait pour la cacher, la brique retrouve,
ici ou là, depuis quelque temps dans les restaurations,
la place qu'elle mérite et qu'elle n'aurait jamais due
quitter.. Au demeurant, le Magazine du Conseil Général
paru en octobre 2000 lui consacre un dossier important intitulé:
"Sauvegader et valoriser notre patrimoine architectural".
A l'occasion de la manifestation "Villebrumier 2000",
sous l'égide de l'association "Maisons paysanes de
France" , plusieurs dizaines de personnes se sont intéressées,
à partir de l'observation sur le terrain , aux quelques
tendances caractéristiques du bâti ancien qui nous
entoure.
L'habitat dispersé
Une bâtisse intégrée
dans son environnement
La maison traditionnelle rurale préfère s'étaler
plutôt que de s'élever. Elle présente des
murs de briques cuites ou crues fabriquées à partir
de la terre argileuse. Elle se coiffe d'un toit de tuiles canal
à deux ou quatre pentes peu inclinées qui repose
sur une charpente en bois d'oeuvre. Elle est conçue pour
se protéger du soleil et de la chaleur grâce à
l' épaisseur des murs, à la ventilation naturelle
par les combles ainsi qu'aux ouvertures judicieusement réparties
sur les façades et garnies de volets pleins. De plus, l'habitation
modeste est entourée d'annexes: le hangar massif; l'étable
(ou l'écurie) placée au bout de la construction
; le chai situé au nord. ; et enfin la remise.

La maison traditionnelle rurale s'étale
plutôt qu'elle ne s'élève
Cette demeure est bâtie selon un axe est-ouest
de sorte qu'elle s'ouvre au soleil entre le sud-est et le sud-ouest
et qu'elle se préserve de la pluie et des deux vents dominants
en présentant des murs "aveugles". Quelques appentis
s'en détachent parfois, comme le puits. La mare et le tas
de fumier se trouvent non loin.
Il arrive que des bouquets d'arbres coupent le vent.
Une treille s'étire sur la façade principale pour
amener de la tiédeur en été. Le laurier-sauce
pousse à proximité du potager: ses feuilles servent
tout à la fois à préparer certains plats,
à embaumer les lessiveuses et le linge propre dans l'armoire,
à occuper la fonction de rameau béni. Le figuier
signale la proximité du puits. Les cognassiers délimitent
la propriété. L'ormeau majestueux se dresse à
quelques mètres de la façade sud qu'il ombrage par
fortes chaleurs. (Malheureusement, cet arbre a quasiment disparu
à cause d'une maladie, la graphiose). Ici ou là,
s'étalent des haies d'églantiers, d'aubépine,
de prunelliers ou encore de lilas...
La maçonnerie
La maison rurale donne une impression de solidité grâce
aux techniques de maçonnerie et aux matériaux utilisés.
Pourtant, ses fondations sont sommaires ce qui explique les remontées
d'humidité par capillarité.
La brique pleine en terre cuite, dite "foraine", constitue
la base de certains murs, des encadrements d'ouvertures, des corniches
et des souches de cheminée. Elle est un bon isolant thermique.
On la trouve toujours de 5 cm d'épaisseur de forme carrée
ou rectangulaire. Sa couleur varie en fonction de l'argile utilisée,
de la durée et de la température de la cuisson.
Son utilisation s'est vue discréditée sans raison
valable à la fin du XIX éme siècle. Elle
est aujourd'hui produite industriellement et sert à la
restauration et à l'ornement
La brique en terre crue est plutôt utilisée pour
les constructions basses.
On peut voir, ici ou là, des murs de galets construits
à l'aide de mortier à chaux où l'on trouve
intercalées des rangées de briques plates pour assurer
la stabilité de l'édifice. Il est plus rare, par
chez nous, de rencontrer le pisé. Ce matériau obenu
en malaxant de la terre argileuse et de l'eau (et parfois de la
paille hachée) devait être coffré avant qu'il
ne sèche.
Il existe quelques murs à pans de bois qui présentent
trois pièces caractéristiques reliées entre
elles pour assurer la rigidité de l'ensemble: les sablières
horizontales, les poteaux verticaux et les écharpes obliques.
Les vides sont comblés par un hourdis onstitué d'un
torchis qui est un mélange d'argile, de paille, de débris
divers comme crin d'animal, paillettes de lin, briques, le tout
lié par un mortier à la chaux. C'est cet ensemble
que l'on nomme colombage.
Des tirants métalliques assurent la jonction de certains
murs. Ils apparaissent sur quelques façades sous la forme
d'une "Croix de St André" et sont parfois finement
ouvragés.
La façade se caractérise par sa symétrie:
la porte d'entrée, toujours au centre, s'ouvre souvent
sous un plein cintre garni d'une imposte aux découpes géométriques
munie de carreaux de verre. De chaque côté, se trouvent
une ou deux fenêtres .Un bandeau de briques marque le niveau
de l'étage. Plus haut, la corniche apparaît sous
une faible avancée du toit. Les trous barriers rappellent
l'encastrement des barres d'échafaudage.
Les fenêtres sont rectangulaires, toujours plus hautes que
larges. Elles présentent deux vantaux avec trois ou quatre
vitres carrées (ou presque) par côté. Les
volets sont construits de planches assemblées sur un cadre
de traverses et possèdent une barre de fermeture. Les baies
du grenier sont de petites tailles.
Les ferrures ornent à l'occasion portes, fenêtres
et volets. Loquets, marteaux, entrées de serrures sont
souvent des pièces de ferronnerie d'art.
Le crépi est fait au mortier de chaux grasse additionné
de sable aux teintes variables. Il présente bien des qualités:
il laisse transpirer le mur, il ne se fissure pas , il est étanche
et son coût est économique.
La toiture
La maison rurale présente le plus souvent un toit à
deux parties à peu près égales dont le degré
de pente se situe entre 22 et 25%. Il existe aussi des toitures
à quatre plans. Le faîtage se trouve toujours dans
le sens de la plus grande longueur de la bâtisse. La couverture
déborde largement sur les façades avant et arrière,
mais rarement sur les murs-pignons .
La tuile canal date au moins de l'époque romaine. Elle
est adaptée aux conditions climatiques de la région:
son imperméabilité protège de la pluie (la
neige est plutôt rare), son poids offre une bonne résistance
aux vents. Pour pallier l'absence de gouttière, la tuile
faisant office de canal dépasse d'une quinzaine de centimètres
celle faisant couvrant, ce qui donne un aspect décoratif
à la bordure du toit
La charpente est de conception assez complexe.. Elle est constituée
parfois, en guise de poutres, de troncs entiers (de chêne,
châtaignier ou peuplier) grossièrement équarris
qui supportent les chevrons et la volige
L'intérieur
La pièce principale avec sa cheminée, son évier
en pierre, son dallage en carreaux de terre cuite, et ses poutres
en chêne assure plusieurs fonctions: elle est salle commune
pour vivre et se reposer, mais aussi on y cuisine, on y mange,
on s'y chauffe, on s'y lave, on y passe les veillées. Parfois,
une alcôve y est aménagée.
La cheminée
A l'extérieur, la cheminée est souvent construite
en briques foraines posées de chant et enduites de plâtre.
Sa souche en toiture est adossée à un mur-pignon.
ou de refend. Plusieurs conduits peuvent exister. Un double couronnement,
une rangée placée en escalier et une autre empilée
en débord ainsi que deux briques pleines inclinées
l'une vers l'autre, assurent l'étanchéité
du bâti.
A l'intérieur, l'aspect du foyer varie. Les jambages en
briques foraines sont reliés par une poutre de chêne
ou plus rarement par une voûte cintrée. Le tirage
est fonction d'un savant équilibre entre les dimensions
de l'âtre, de l'avaloir, du conduit et de la souche.
Le dallage
Le dallage traditionnel réservé à la partie
habitée est constitué de carreaux en terre cuite
assez semblables aux briques foraines. Ce revêtement est
posé sur une couche de mortier de chaux assez gras . Cette
technique présente deux inconvénients majeurs: elle
laisse l'humidité remonter et le carrelage est soumis aux
déformations du sol.
Les coloris
Il existe une relation étroite entre la couleur des terrains
, du sol et celle de l'habitation. Le crépi varie du beige
clair aux tons brun-rouge. La couleur du papier kraft, qui rappelle
celle de la terre, est une bonne référence. Le rouge
et l'ocre naturels des briques mettent en valeur chaînages,
encadrements, corniches et cordons.
Les tuiles-canal , fabriquées à partir de l'argile,
présentent un assemblage de teintes indéfinissables
à cause de plusieurs phénomènes: vieillissement,
soleil, mousse, lichens...
Les menuiseries extérieures traditionnelles présentent
des tons variés, du brun foncé aux dégradés
de verts (le vert -tilleul paraît bien adapté) en
passant par le bleu-charrette. Cette dernière teinte, obtenue
à partir du pastel, procurerait un effet répulsif
sur les mouches et les moustiques, si bien qu'on n'hésitait
pas autrefois à peindre de cette couleur certains soubassements
de pièces intérieures!
Les dépendances
Les dépendances présentent un volume bien plus amples
que l'habitation elle-même.
Le hangar est de dimensions imposantes. Sa toiture repose sur
des piliers de briques qui supportent parfois des arceaux. Il
abrite la paille et le foin nécessaires aux bestiaux mais
aussi le matériel agricole.
Le grenier, situé à l'étage, sert à
entreposer les récoltes à même le plancher:
céréales, pommes de terre, oignons...
Le chai a pour fonction une bonne conservation du vin. Pour cela,
pour préserver la fraîcheur, il est placé
au nord et n'est guère éclairé que par de
petites fenêtres. Dans la pénombre, sont placés
cuve, foudres, barriques , tonneaux, bonbonnes et pressoir.
L'étable (ou l'écurie, c'est selon) est contiguë
aux pièces à vivre des gens. Les râteliers
sont alimentés depuis les trappes (parfois à abattant
mobile) aménagées dans le grenier.
La soue et le poulailler sont de plus petites constructions détachées
du bâtiment principal.
Le pigeonnier constitue quand il existe une merveille architecturale.
Il est conçu pour faire face aux inconvénients du
vent froid , pour profiter de l'ensoleillement, pour protéger
les volatiles des rapaces et des rongeurs, pour favoriser la nidation
et permettre la récupération facile de la colombine
(la fiente est un engrais prisé pour les vignes). Le type
"pied de mulet" est le plus courant dans notre contrée.
Sa toiture présente une seule pente interrompue par un
ressaut ou gradin qui fait office ainsi de solarium pour les pigeons.
On le trouve soit isolé soit attenant à la bâtisse.
Le puits et la mare.
C'est le mystérieux don des sourciers qui permet la présence
vitale d'un puits, en général creusé devant
la façade sud. Maçonné en briques foraines,
il est abrité souvent par une petite construction recouverte
d'une toiture en tuiles-canal. L'ouverture, protégée
par une margelle, donne accès à un lourd cylindre
en bois: il sert de treuil en tournant autour d'un axe et est
actionné grâce à une manivelle ou bien à
des poignées fixées aux extrémités.
Près de cet édifice, se trouve le lavoir-abreuvoir
taillé dans un bloc de pierre monolithe.
C'est l'extraction de l'argile nécessaire à la fabrication
des briques qui est à l'origine du creusement de la mare.
La maisonnette des vignes
On remarque parfois une maisonnette bien isolée à
la limite d'un champ: c'était autrefois un abri où
les vignerons entreposaient là le petit matériel
nécessaire à l'entretien des souches. Il en existe
une, inusitée, du côté de Valgilade.
L'agglomération
Dans le village
La mairie-école date de la Troisième République
(1870/80), comme naguère à Villebrumier ou encore
aujourd'hui à Nohic et Orgueil. Parfois, on peut lire les
inscriptions: "Mairie" "Ecole de garçons"
ou "de filles".
L'église et le presbytère sont souvent proches.
Le Clocher-mur à fronton , comme celui de notre commune,
présente des ouvertures évidées dans la masse
des briques pour y placer les cloches. Le carillon résulte
de l'accord de quatre cloches. Le carillonneur sonne quotidiennement
l' angélus matin midi et soir, ainsi que, au besoin, le
tocsin (pour donner l'alerte), la sonnerie du tonnerre (pour annoncer
l'orage), le glas (pour prévenir d'un décès).
Cette fonction a été longtemps rémunérée
en nature (blé, pain, oeufs...) puis indemnisée
par le Conseil Municipal.
Le cimetière se situe parfois près de l'église
(comme à Nohic, Le Born, Villematier...). Ses tombes sont
à même la terre ou recouvertes de simples dalles.
Il arrive que sont érigés des monuments à
l'allure de temples romains ou de style Renaissance. Les cyprès
donnent un aspect lugubre aux lieux.
Les croix trônent sur les places, aux carrefours, sur les
collines. Elles témoignent d'anciens chemins et symbolisent
la piété et la protection.
La maîtrise de l'eau est vitale et conditionne la vie de
la communauté: on capte les sources qui alimentent les
fontaines et les lavoirs. Le nôtre date de 1862 et présente
trois bacs pour le lavage et le rinçage. De nombreux puits
(certains ont été abolis, mais d'autres subsistent)
appartiennent à des particuliers assez souvent en mitoyenneté
ou à la commune (il en existait un place de la Mairie).
L'économie locale, essentiellement agricole, nécessite
la présence d'installations spécifiques: un four
banal (c'est à dire à l'usage de tous) ou privé
pour cuire le pain (dans notre commune, il existe la Rue du Four
et on peut voir encore un magnifique four bien conservé
dans l'ancienne ferme Vialard aujourd'hui propriété
de la famille Roux); un métier à ferrer ou travail
qui est une installation pour le ferrage des animaux de trait
constituée de quatre forts piliers et d' un tour pour serrer
des sangles, le tout surmonté d'un toit parfois (le dernier
en place se trouvait place de la Croix; certains villages l'ont
conservé encore, comme Saint Antonin);un poids public (qui
fonctionne toujours ici); un moulin (plusieurs sont encore en
place sur le Tescou)...
Le marché hebdomadaire facilite les échanges: on
vend les produits de la ferme (volailles, oeufs, beurre, fruits,
légumes) et on achète à l'occasion de la
mercerie et de la ferblanterie. La foire, plutôt trimestrielle,
permet la vente de gros bétail et les retrouvailles pour
trinquer.
Les artisans sont nombreux: bourrelier, tisserand, cordier, maréchal-ferrant,
tonnelier, charron.... Ils utilisent l'eau, le vent, le feu pour
énergies de base. Les commerçants font fabriquer
et placer leurs devantures en bois par le menuisier local.
La rue (la carrièra) du village est constituée de
maisons à deux niveaux en général reliés
par des escaliers tournants en bois . Les ouvertures de taille
moyenne sont toujours plus hautes que larges afin d'établir
l'équilibre entre l'éclairage maximum et les échanges
thermiques. Leur alignement est souvent approximatif, aussi bien
horizontalement que verticalement. La présence de perrons
dépend des reliefs et des courbes de niveau
La ruelle (lo carrièron) relie des artères plus
importantes entre elles: notre village en compte au moins deux
qui joignent les rues Gerla, du Four et Gambetta. Il n'y a pas
si longtemps, quelques décennies à peine, un passage,
certes étroit, existait entre les maisons des rues Haute
et Gambetta. Les places sont toujours ombragées par des
platanes (comme au Communal), des marronniers (comme devant la
Mairie), ou des ormeaux aujourd'hui disparus (comme place de la
Croix).

Cheminée traditionnelle en briques
foraines avec voûte cintrée
La maison témoin
d'une civilisation
Ainsi donc, la maison traditionnelle est construite avec des matériaux
du pays selon des techniques héritées des générations
précédentes. Elle est conçue pour répondre
aux besoins: vie de famille, place des animaux, espaces pour les
récoltes, le matériel agricole ou l'atelier artisanal.
Elle est l'expression d'une civilisation particulière à
notre région occitane qui prend aussi en compte les goûts
culinaires comme les modes vestimentaires, les rites religieux
comme les coutumes festives, sans oublier l'accent si savoureux
de la langue.
Guy
(L'association "Maisons
paysannes de France" se donne pour but de connaître,
conserver et restaurer les maisons de pays pour sauvegarder
l'architecture rurale et le paysage.
Pour tout contact, on peut s'adresser
à M. Pierre BAFFALIE 82220 VAZERAC, téléphone:
05 63 67 79 57)
Par ailleurs, il existe un ouvrage fort documenté
"Lumières sur la brique en Midi touousain" édité
chez Privat
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