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2000 | halloween | 20
ans
Quand le sculpteur Bourdelle
venait à Villebrumier
Jean de Marigny a habité le château
de Villebrumier de 1877 à 1926. Il était le protecteur
et le mécène du sculpteur Montalbanais Emile Antoine
Bourdelle qui vécut de 1861 à 1929.
Après avoir travaillé avec Rodin,
il s'oriente vers un style monumental et se révéla
un savant artisan lyrique. Il provoqua, au début du 20ème
siècle, le renouveau international de la sculpture.
Dans un document fourni par le Musée Bourdelle de
Paris, on peut lire le passage suivant :
Dans les vingt premières années qui suivent son
installation à Paris, Bourdelle se rend régulièrement
dans le Sud Ouest pour voir les amis mais aussi pour raison de
travail puisqu'il lui faut honorer à la fois les commandes
officielles et celles des particuliers. En effet sa réputation
de portraitiste s'étant établie au fil des ans,
il réalise là de nombreux bustes mais également
des pastels, moins onéreux et très appréciés
des familles tarn-et-garonnaises. C'est l'occasion pour lui de
rencontrer des gens fortunés avec qui il se lie parfois
d'amitié comme c'est le cas pour les de Marigny. Ceux-ci
possèdent un château à Villebrumier que Bourdelle
fréquente assidûment autour de 1896 : "Votre
château est la porte de l'amitié et l'accueil qu'on
me fait chez vous me rassure et me dit que je fais plaisir sous
votre toit. C'est un sentiment assez rare dont je ressens tout
le prix, croyez-le". Dans ce lieu charmant, il s'adonne principalement
à la poésie(1) et au pastel: "Je prépare
nos toiles et apporte de quoi pastelliser des foules de beautés
dans votre Cythère, veinard d'ami". Jean de Marigny
et sa femme sont suffisamment riches pour ne pas avoir à
travailler et Bourdelle, dans son langage imagé, taquine
son ami sur ce point : "Vous possédez le garde-manger,
il y a des victuailles assez quand même vous vivriez deux
cent ans" lui écrit-il en mars 1897. Habitué
pour sa part dès son plus jeune âge aux difficultés
de l'existence il se sent autorisé à le rabrouer
gentiment: "A quoi pensez-vous cher ami qui parlez de villégiatures...
Mes villégiatures à moi se passent près des
fours de l'usine et à retoucher au moins soixante sculptures
qui cuisent à grand feu". Dans une lettre dont on
ne sait s'il l'a finalement envoyée, il va jusqu'à
lui exprimer le fond de sa pensée, à savoir que
: "Votre ami Bourdelle n'est pas de votre sacrée bourgeoisie,
dont vous vous haussez par des côtés restés
sains dans le cloaque doré. Mais vos idées par exemple
mon cher de Marigny ! Ah ! Vos idées !...". Bien qu'il
prenne quelques distances avec ce milieu dont l'oisiveté
lui est étrangère, Bourdelle apprécie suffisamment
l'amitié de Jean de Marigny pour lui confier ses démêlés
avec le comité du Monument aux morts de 1870 à Montauban,
souhaitant même que ce soit lui qui lise à ses membres
la lettre envoyée par Rodin pour le soutenir "regrettant
mon orateur et de ne point avoir à lire de vous la description
des têtes comitardes et combatardes des oiseaux". De
son côté Jean de Marigny, comme beaucoup des amis
de Bourdelle, se plaint d'avoir trop peu de ses nouvelles : "Dois-je
vous nommer encore mon cher ami ! Quand je songe à ce long
silence de bientôt cinq mois, à mes lettres demeurées
sans réponse, je me demande quel motif a bien pu vous détacher
d'un ami qui se faisait une joie de votre intimité et qui
souffre vraiment de la voir brusquement et si mystérieusement
interrompue" lui écrit-il le 21 octobre 1898. Et en
mai 1904, après lui avoir renouvelé son amitié,
il exprime un souhait où se révèle peut-être
toute la différence de leur mode de vie : "Comme ce
serait agréable si, accompagné de votre jeune femme,
vous pouviez nous suivre vers les fjords de Norvège ou
les chutes du Niagara". Désormais, sans jamais perdre
totalement le contact, ils ne se verront plus que rarement. L'époque
des retrouvailles à Villebrumier est terminée.
(1) Dans les archives du Musée
Bourdelle à Paris figure un cahier de poésies intitulé
"Villebrumier".
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