rubrique à
brac | maison de retraite | édito
| dictons | dires
occitans | poésie
jeux d'enfants | oiseleur
| Navarre | données
jeu des présidents | recette
Quand Henry de Navarre chassait
dans les alentours...
En ce temps là, Montauban était devenue
une pièce maîtresse de l'échiquier protestant,
tant d'un point de vue religieux que politique.C'est pourquoi
se tenaient dans la capitale huguenote de fréquents séjours
des chefs calvinistes parmi lesquels le Roi de Navarre. Une pleine
page de "La Dépêche du Midi" parue le dimanche
23 juillet 1961, relate l'anecdote (la légende ?) suivante
qui daterait de l'an 1580. Elle rappelle celle rapportée
dans le n° 51, page 6.
En ce temps-là, Montauban était enserré
dans l'étroit corset de ses remparts . Au delà,
sur les coteaux dominant le Tarn, s'étendaient d'épaisses
forêts où le gibier abondait.
Henry, roi de Navarre, qui devait plus tard monter sur le trône
de France, faisait de fréquents séjours dans la
ville où il recevait la plus large hospitalité chez
Monsieur de Scorbiac. Il partageait son existence entre l'exercice
de la chasse et
la chasse aux jolies femmes. On dit même
qu'Henry de Navarre emporta de Montauban un cuisant et fort désagréable
souvenir à lui laissé par la respectable épouse
d'un pasteur. Mais on dit tant de choses
On dit aussi qu'un soir, au cours d'une chasse très animée,
le roy s'égara dans la forêt. Trempé, crotté,
transi, il frappa à la porte d'une ferme du Fau appartenant
à un certain Signouret.
"-Pouvez-vous me permettre de me réchauffer et de
me restaurer ? supplia Henry.
-Entrez, noble seigneur", répondit Signouret, impressionné
par la bonne mine de son visiteur inattendu. Et l'hôte s'empressa
de raviver le feu dans l'âtre.
"-Qui êtes-vous ? demanda -t-il.
-Je me suis perdu. Je suis fourbu et affamé, laissons cela.
-Êtes-vous au service du roi ? insista le paysan.
-Oui, c'est ça, par Dieu, cela n'a pas d'importance, répondit
Henry. Voyons plutôt ce que ta femme peut m'offrir à
souper."
Son il s'allumait en regardant la fermière aller
et venir dans la cuisine.
"-Nous sommes pauvres, et je n'ai que du vin de ma vigne
et quelques châtaignes grillées à vous donner.
-Ce n'est pas beaucoup en effet. Es-tu certain, mon ami, de n'avoir
pas autre chose de meilleur de caché dans ton cellier ?
Mon ventre crie famine
"
Signouret affirma tout d'abord qu'il ne possédait rien
d'autre. Puis, vaincu par l'insistance du visiteur, il consentit
à avouer qu'il avait en réserve quelque gibier provenant
des forêts royales. Mais, chut ! Il ne fallait en parler
à personne car il risquait la mort pour délit de
braconnage !
"-Est-ce du lapin ?
-Mieux que cela !
-Un lièvre ?
-Mieux que cela !
-Des perdrix et des grives parfumées ?
-Mieux que cela !
-Allons, dis, tu me mets l'eau à la bouche !
-Du sanglier, noble seigneur!
-Apporte vite que l'on fasse ripaille !"
Un cuissot de l'animal fut aussitôt mis à rôtir
sur les braises. Son fumet délicieux emplissait la salle.
Henry, réconforté par la chaleur du grand feu, commençait
à trouver l'aventure plaisante. Le repas s'annonçait
succulent et dame Signouret s'enhardissait à glisser vers
le beau cavalier des regards admiratifs. La mâtine était
dodue à souhait. Henry se frottait les mains...
Le lendemain matin, après avoir passé une excellente
nuit, le cavalier s'apprêtait à regagner la ville.
Il allait remonter sur son cheval quand le fermier revint à
nouveau à la charge :
"-Mais enfin, me direz-vous qui vous êtes ? Etes-vous
capitaine dans les armées royales ?
-Mieux que cela !
-Etes-vous écuyer du roy ?
-Mieux que cela !
-Etes vous alors baron, conte ou duc ?
-Mieux que cela encore !"
Et Henry remit un mot au pauvre Signouret tout éberlué,
en lui disant :
"Si un jour tu désires quelque chose, présente-toi
au palais en demandant à voir Henry le chasseur"
Des années passèrent, pendant lesquelles le paysan
travailla ses champs, amassa quelques sous et se sentit venir
quelques ambitions. Sa femme qui n'avait pas, pour cause, oublié
la promesse du fier inconnu, lui conseilla d'aller à Paris
pour tenter d'y retrouver Henry le chasseur. Maître Signouret
entreprit alors un long voyage. Au palais, les laquais reçurent
très mal ce paysan endimanché qui prétendait
connaître un haut personnage de l'entourage du roi. Mais
l'homme ne se laissa pas jeter dehors. Il montra le mot que lui
avait laissé son visiteur et il eut la surprise d'être
introduit peu après auprès de roi Henry IV lui-même,
qui n'était autre qu'Henry le chasseur.
Et c'est ainsi que maître Signouret devint Consul de Montauban
par la grâce du bon roi
C'est Madame Lacore, institutrice à la retraite, qui a
rapporté cette histoire qu'elle tenait elle même
de son père
|