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Jeux d'enfants
Dernièrement, mon voisin vient m'emprunter une clé
pour réparer sa tondeuse.
"- Je ne trouve pas la mienne, me dit-il, et je me demande
si mon fils ne l'a pas utilisée dans ses jeux ! En effet,
depuis quelques jours à le sortie de l'école, avec
son copain, il s'évertue à construire un système
d'arrosage avec des morceaux de tuyaux placés sur des supports
Une
sorte d'aqueduc et leur terrain de prédilection est un
tas de sable
-Qu'à cela ne tienne, lui répondis-je, prenez la
clé qu'il vous faut et laissez jouer ces enfants, un jour
ou l'autre votre outil réapparaîtra ! Pour une fois,
ils ont abandonné consoles, jeux télévisés,
feuilletons enfantins pour enfin imaginer, inventer et faire quelque
chose de leurs dix doigts !
Car ils n'ont souvent que des
jouets automatiques téléguidés tout prêts
à fonctionner ! Bref, aucun effort important à fournir,
et ça marche !"
Et voilà qu'à cette occasion, je me plongeais dans
une réflexion en essayant de me rappeler nos jeux d'enfance.
Nous avions très peu de jouets. C'étaient les poupées
(je dirais même une poupée !), les balles, les cordes
à sauter, les toupies, les jeux de quilles pour les garçons,
quelques petits véhicules en bois : charrettes attelées
à un cheval, brouettes
Mais nous étions, semble-t-il,
très inventifs pour compléter cette panoplie. Les
garçons, par exemple, rivalisaient d'adresse pour fabriquer
des chariots en bois dont les roues étaient des bobines
de fil vides, l'ensemble tiré par une ficelle. Les filles
composaient d'amusantes dînettes en récupérant
vieilles casseroles, assiettes fêlées, et tous autres
ustensiles mis au rebus par les mamans. Nous aménagions
nos cuisines sous quelque abri, près de la maison (la capela
ou lo fornial). Des étagères fabriquées avec
des caisses abandonnées imitaient les vrais meubles, sans
oublier le coin cheminée avec quelques brindilles de bois
Et
nous devenions alors des ménagères presque "pour
de vrai", disait-on.
Nous nous inspirions également des trois pôles d'attraction
du village : l'école, l'église, l'épicerie.
Ainsi, par besoin d'imitation, nous installions une salle de classe
en occupant quelque coin de hangar ou de remise, avec du mobilier
de récupération, sans oublier la planche peinte
en noir en guise de tableau.
Il nous arrivait aussi d'aménager un autel et un vieux
banc à laver faisait l'affaire. Nous le garnissions de
fleurs des champs, et je me souviens de quelques garçons
qui se plaisaient à imiter le curé en s'habillant
de rideaux inutilisés ; l'un d'entre nous faisait même
la quête en ramassant les petits cailloux qui servaient
de monnaie et que nous placions dans les sacs à main délaissés
de nos mamans Nous les aimions beaucoup, ces petits sacs ; ils
sentaient bon et nous y mettions même un mouchoir ou des
petits papiers
Une fois, voilà qu'un ouvrier de mon
père se mit à genoux silencieusement derrière
nous et lorsque le garçon, imitant le prêtre, se
retourna, les bras levés au ciel, pour chanter le "Domino
vobiscum", il aperçut ce nouveau fidèle ! Surpris
et confus à l'extrême, nous quittâmes les lieux
et, je crois, que le "jeu-messe" fut abandonné
!
Le jeu de l'épicier nous plaisait également et là
aussi, boîtes et emballages vides garnissaient les étagères
que nous construisions. En ce qui me concernait, les planches
d'échafaudage de mon père faisaient mon affaire,
mais pas la sienne ! L'épicerie était détruite
et les planches rejoignaient un chantier !
Pour ces jeux, nous nous regroupions la plupart du temps, car
il fallait plusieurs élèves dans la classe, plusieurs
fidèles au pied de l'autel et plusieurs clients dans l'épicerie
! Donc, à tour de rôle, nous nous rendions chez l'un
ou chez l'autre et nous trouvions le moyen de bien occuper nos
temps de loisirs : nous n'avions pas la télévisions
et nous ne connaissions pas les clubs de danse, de théâtre
ou de sport !
Au retour de l'école, sur les chemins bordés de
fossés, la construction de moulins à eau nous occupait
après les pluies. Dans les bois, nous bâtissions
des cabanes
A la maison, par mauvais temps, nous avions
quand même quelques jeux de société. Certaines
personnes de mon âge pourraient évoquer assurément
bien d'autres jeux de leur enfance, sans oublier que souvent la
priorité était de participer aux travaux de la ferme.
L'évolution dans le domaine des jeux est si grande que
l'on reste admiratif aujourd'hui devant tout ce dont dispose l'enfant
pour s'éveiller, s'épanouir, développer ses
facultés et son habileté, satisfaire ses recherches
Mais nous, les anciens, n'avions nous pas aussi l'occasion d'apprendre
et de réfléchir à travers ces inventions
et ces constructions qui meublaient nos loisirs ? Alors, si nos
petits, un jour, s'approprient un outil de l'atelier familial
dans le but de réaliser un "projet", laissons
libre cours à leur recherche, à l'accomplissement
des gestes qui leur procureront la joie de réussir !
Georgette
PS : Mon voisin a retrouvé la clé
dans le
tas de sable !
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