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Esprit de cueillette
A l'origine, l'homme vivait de cueillette et de
chasse. Ce n'est qu'ensuite qu'il est devenu progressivement éleveur
et cultivateur, constituant ainsi le socle de notre civilisation
Cette fonction initiale de cueillette reste très vivace
et disons-le, naturelle et très appréciée
encore aujourd'hui. Le plaisir de la recherche et de la cueillette
de végétaux "sauvages" - même si
cette cueillette ne constitue plus un besoin vital - reste profondément
ancrée en nous, surtout dans notre milieu rural, encore
proche de la nature.
Ces plaisirs de la cueillette s'étalent presque sur toute
l'année, tant les possibilités de la nature sont
variées. Dès le passage du froid, en janvier et
février, ce sont les pissenlits - dans les prairies - et
la doucette sauvage, dans les vignes.
En mars, les jeunes pointes d'orties, finement moulinées,
donnent de délicieux potages.
En avril, c'est l'explosion d'une nature généreuse,
et l'embarras du choix : les responchous - en bordure de haies
- grande spécialité locale, les scorsonneres sauvages
- le long de chemins - dont les jeunes boutons font de délicieuses
omelettes, les asperges sauvages - le long des rivières
- les ails sauvages, appelés aussi poireaux sauvages -
dans les vignes et les haies.
Et puis les premiers champignons : les délicieux mousserons
dans les vieux prés de bocage, et les morilles - dans les
haies.
Début mai, c'est la floraison des acacias : savez-vous
que les jeunes fleurs parfument divinement omelettes sucrées
et beignets?
Arrive ensuite le fenouil sauvage - le long des chemins.
En juin-juillet, certaines années, mais le plus souvent
à l'automne, arrive enfin la reine des cueillettes : celle
des cèpes. Recherche aléatoire, difficile tant ce
champignon capricieux sait bien se confondre avec son environnement.
Mais pour cela aussi tellement gratifiante. On pourrait écrire
des pages sur le plaisir, l'émotion, que procure la découverte
d'une belle "tête de nègre", cette perfection
de la nature.
Ne dénigrons pas les autres champignons : girolles, pieds
de moutons,... pour continuer avec les rosés des prés
et finir à la Toussaint avec les trompettes de mort. Mais
le roi des champignons, celui qui fait naître les passions,
parfois hélas abus et disputes, celui qui embaume les rues
de notre village, c'est bien le cèpe.
Parmi les cueillettes, on peut encore citer divers fruits et baies
sauvages : fraises des bois, framboises, mûres, prunelles,
genièvre, sorbes, abises... Egalement les jeunes pousses
de noyer et de merisier, que certains de nos concitoyens utilisent
pour fabriquer avec bonheur des apéritifs naturels "maison".
Enfin, savez-vous que certains grands chefs cuisiniers, parmi
les plus "étoilés" du guide Michelin (Bras
à Laguiole, Veyran à Annecy...) doivent leur réputation
à l'utilisation d'herbes sauvages qu'ils vont cueillir
dans leurs montagnes, et qu'ils intègrent, après
de nombreux essais, dans leurs célèbres recettes
?
Soyons-en convaincu : le bonheur est dans nos prés, nos
bois, nos petits chemins (et nos assiettes).
Jean-Michel Audy
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