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" 2000 Objets Pour l'An
2000 "
Mission accomplie !
Une équipe de huit personnes (Etienne ASTOUL,
Francis KLEITZ, Marc COLLIN, Michel PY-LEBRUN, Nathalie KLEITZ-BONNET,
de Villebrumier, Jacques et Chantal CARRERE, de Bondigoux, et
Jacques ROUCOLE de Carcassonne), a acheminé à l'aide
de trois voitures une partie de la cargaison provenant des dons
des familles des élèves de Villebrumier et de Nohic
vers le village de TENDIEME, en Casamance, au Sénégal.
Après la traversée de l'Espagne en 23 heures non-stop,
celle du Maroc sur 5 jours, nous avons passé 4 jours en
Mauritanie où nous avons été chaleureusement
accueillis par Monsieur et Madame SAHUC, originaires de Villebrumier.
Enfin, nous nous sommes retrouvés à Saint Louis
du Sénégal, ville chargée d'histoire.
Après une petite halte de trois jours pour nous remettre
en condition et procéder à l'inspection de nos véhicules,
c'est à DAKAR que nous arrivons quittant ainsi les paysages
désertiques pour ceux de la brousse et de ses imposants
baobabs dénudés. Là, à l'antenne de
"Visa-Santé", notre convoi s'est disloqué:
d'un côté " les productifs ", contraints
de reprendre l'avion pour Toulouse le lendemain; de l'autre, "les
téméraires retraités" chargés
de la mission de continuer le périple vers la Casamance.
C'est au début de l'après-midi du 8 décembre
que Marc et moi arrivons à Tandième, petit village
au coeur de cette région, après avoir parcouru 5680
kilomètres à bord de notre robuste "404".
Les palmiers romiers et les majestueux fromagers nous font un
moment oublier toutes les tracasseries douanières et policières
de la Gambie où, sur un itinéraire jalonné
d'autruches, trois crevaisons et deux jantes " HS "
ont été le prix à payer pour franchir cette
dernière étape de 450 km
A cette heure, il fait assez chaud, le soleil est au zénith.
Tout le monde se repose dans les cases, sauf les femmes qui moissonnent
le riz à la main, bien sûr...Devant le dispensaire
du village, lieu de regroupement, nous donnons trois coups de
klaxon pour nous signaler . Mais rien n'y fait, aucune âme
ne bouge. Je débarque Marc qui contemple le site et je
me dirige vers le centre du village. Là, je suis accueilli
par quelques poules et moutons couchés à l'ombre
des manguiers. Le bruit du véhicule démuni de son
pot d'échappement a réveillé quelques habitants
et c'est Mafou, notre interprète, qui est apparu le premier
en compagnie de ses deux enfants. Après avoir échangé
quelques accolades, j'ai expliqué succinctement les raisons
de notre retard dû aux conditions de circulation très
difficiles. En fait, tout le village nous avait attendu la veille
au soir jusqu'à minuit!
Toujours la même interrogation revenait: "Pourquoi
Etienne n'est-il pas avec toi?". J'expliquais sans cesse
les raisons. Escorté par une foule d'enfants et quelques
hommes, je suis retourné au dispensaire où Marc
était en grande discussion avec deux jeunes filles qui
venaient puiser de l'eau. Tous étaient intrigués
par sa coupe de cheveux très rase et posaient un tas de
questions. Nous avons procédé au déchargement
du véhicule. Beaucoup de bras s'agitaient et une chaîne
s'était organisée en quelques minutes. Tout ce que
nous transportions a été entreposé dans le
local médical.
Les médicaments ont été soigneusement répertoriés
et rangés par l'infirmier responsable. Dans la foulée,
nous avons réparé les néons extérieurs
et dégommé le petit groupe électrogène.
Pendant ces réparations, nous étions assistés
par quelques jeunes qui paraissaient très intéressés
et posaient bon nombre de questions. sur la mécanique.
La caisse d'outillage neuf préparée à leur
intention faisait l'objet d'un attrait particulier et quelle ne
fut pas leur joie de savoir que celle-ci resterait à Tendième
à leur disposition sous la responsabilité du chef
du village et de l'infirmier.
La journée tirant à sa fin, nous avions hâte
de rejoindre notre campement de Baïla, village situé
à huit kilomètres de là. Près d'une
heure de trajet est nécessaire, et notre voiture maintenant
allégée du fardeau, esquivait mieux les énormes
trous de cette route semblable à une tranche de gruyère!
Le lendemain, de retour au village de Tendième accompagnés
par le responsable du matériel agricole, nous sommes allés
diagnostiquer l' état du ventilateur de riz indisponible
depuis plus d'un an. Les femmes ventilent la totalité de
la récolte manuellement à l'aide de tamis. La réparation
nécessitant des pièces spécifiques, il ne
nous a pas été possible de dépanner. Un devis
devait être établi par un réparateur de Kabiline.
E n ce qui concerne le véhicule "4L" qui sert
d' ambulance,
quelques heures de travail ont permis sa remise en route, mais
sa durée de vie est incertaine, les réparations
seront onéreuses.
L'après-midi, nous nous sommes rendus à Bignola
pour y retirer le gros groupe électrogène tombé
en panne depuis plus de six mois. Pas de chance, le garagiste
était absent et ce n'est que le lendemain que nous en avons
repris possession: heureusement, il n'avait pas été
démonté, ce qui a facilité notre tâche
de dépannage. Profitant de ces déplacements dans
cette petite ville, un fabricant de grillage a été
contacté, à la demande des femmes du village, afin
de clôturer l'ensemble des jardins potagers et mettre ainsi
un terme aux convoitises des chèvres et des volailles.
Deux cents mètres suffirent pour palier au problème,
pour un coût de 300 000 francs CFA, soit 3000 francs français.
A la requête des mamans, nous avons donné une suite
favorable pour l'achat de 40 mètres-carrés de balatum
pour recouvrir la chape en ciment de l'école maternelle:
une nécessité pour le bien-être des enfants.
Jeudi matin, veille de notre départ, c'est à l'école
primaire que nous avons remis tout le matériel scolaire
en présence du responsable de la coopérative des
instituteurs et des élèves. Je les ai informés
de l'arrivée très prochaine d'un magnétophone
offert par l'école de Villebrumier, qui permettra ainsi
l'enregistrement et l'écoute de cassettes dans le cadre
d'échanges relationnels et culturels.
Nous nous sommes rendus ensuite devant le dispensaire où
toutes les femmes avaient été conviées à
la distribution de vêtements et chaussures d'enfants, de
conserves, friandises et objets divers que nous leur avions amenés.
La répartition avait été préalablement
préparée par Mafou, sous l'oeil vigilant du chef
du village. Ainsi, ce sont 35 familles qui ont été
servies individuellement. A cette occasion, je leur ai fait part
de ce qu'un conteneur rempli de vêtements, vaisselle et
livres devait être acheminé par mer jusqu'à
Ziguinchor. J'ai expliqué que cet envoi faisait suite à
une collecte appelée "2000 objets pour l'An 2000"
organisée par les enseignants et les élèves
de Villebrumier auxquels se sont joints ceux du village voisin
de Nohic.
Notre interprète Mafou a fait la traduction en langue "diola"
et nous a rapporté que toutes les femmes remercient beaucoup
les habitants de Villebrumier et Nohic et qu'elles souhaitent
un jour les connaître.
Ces propos recueillis ont été très simplement
exprimés par ces courageuses villageoises qui font preuve
d'initiatives et sur qui repose sans en douter la vie au quotidien
de chaque famille.
Quant aux trois véhicules acheminés, la "505"
est restée à l'antenne de "Visa-Santé",
mise à la disposition des responsables, des médecins
et infirmières qui assurent leur mission tout au long de
l'année. La "404" et la "Lada 4/4"
sont en Casamance, plus précisément à Kafountine,
confiés au couple Fornt, agenais vivant sur place qui en
assureront l'entretien. Ces voitures, sous l'égide de l'infirmier
en chef qui gère le dispensaire, serviront d'ambulances
pour assurer éventuellement les évacuations sanitaires
sur Dakar et Ziguinchor. De par la position géographique
de la localité, elles pourront être utilisées
par les personnes de " Visa-Santé " lors de leurs
missions dans cette région d'accès parfois difficile.
Ce n'est pas sans un petit pincement au coeur que s'est achevé
notre séjour. Mais nous avions la certitude d'avoir apporté
et concrétisé quelque chose (pour combien de temps?)
sur cette terre "diola", souvent fragilisée,
mais si riche en couleurs, avec ses coutumes ancestrales, sa manière
de vivre , où la notion de temps n'existe pas, et où
la fatalité tient une grande place.
Francis Kleitz
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