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Poésie
Moissons d’antan
Dans la vague des blés qui frissonnent sous le vent, Plus une tache verte, l’or est partout présent. Sous le poids des épis, les tiges courbent la tête : C’est l’heure de la moisson, les faucilles sont prêtes. Dans les plaines fertiles, aux reliefs accessibles, Les moissonneuses avancent tirées par quatre mules, Leur cliquetis scandant ce travail pénible ; Les gerbes sont éjectées, mais quelle canicule ! Derrière, suit une équipe faisant la mise en tas Et de petites meules, ayant forme de cases, Pigmentent la prairie, attendant, en l’état, Que vienne le charroi, laissant l’éteule rase. Mais dans les champs rocheux, pentus, accidentés, Refusant la conquête de toute mécanique, Seule la faucille ira, suivie de l’âne bâté Pour faucher, transporter l’épi souvent étique. Les hommes marchent courbés, et d’un geste très large, Coupent à chaque avancée la valeur d’un bouquet. Encore un pas de plus et ils posent leur charge Que des femmes entassent avant de les lacer. Le chant des moissonneurs, guttural mais léger, Va s’enflant à mesure qu’avance la lignée ; C’est un jeu d’éviter de rester le dernier Et de voir ses voisins rogner dans sa rangée. Sous le pin parasol, bienvenu en ce lieu, Profitant d’une halte rien moins que méritée, Ils s’accroupissent en cercle, réservant le milieu Aux trois pierres du foyer sur lesquelles bout le thé. Le chaud soleil enfin s’enfonce à l’horizon Et un souffle d’air frais vient sécher la sueur. Les hommes fuient car la nuit est courte en cette saison, Tout repos est à prendre en ces temps de labeur. Mais il faut engranger, en pensant à l’hiver, Les épis que la grêle, le vent ont épargnés. L’homme ne peut sans faillir, devant Cérès sévère, Les laisser dans le champ alors qu’il faut vanner.
Frédéric
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